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Le fossé d'empathie va dans les deux sens

Si tu es autiste, on t'a probablement dit, directement ou non, que les difficultés sociales sont ton problème. Que c'est toi qui lis mal les situations, rates…


Si tu es autiste, on t'a probablement dit, directement ou non, que les difficultés sociales sont ton problème. Que c'est toi qui lis mal les situations, rates les signaux, peines à te connecter aux autres. La recherche dit aujourd'hui que le malentendu va dans les deux sens.

L'ancienne version

L'explication traditionnelle était la théorie de l'esprit (Theory of Mind) : les personnes autistes, disait-on, ont du mal à deviner ce qui se passe dans la tête de quelqu'un d'autre. Cela présentait la difficulté sociale comme un déficit unilatéral. Mais cela laissait une question sans réponse : qu'en est-il de l'autre direction ?

Ce que la recherche a trouvé

L'idée que les fossés d'empathie sont mutuels a un nom : le problème de la double empathie (Double Empathy Problem). Et un nombre croissant de preuves le confirme.

Une étude sur les premières impressions a montré que les personnes non autistes portaient des jugements négatifs sur les individus autistes en quelques secondes. Mais quand elles lisaient les transcriptions des mêmes conversations (uniquement les mots), ces jugements disparaissaient. Le biais ne portait pas sur ce qui était dit. Il portait sur comment ça sonnait.

Une expérience de téléphone arabe a testé la précision avec laquelle des groupes transmettaient une information le long d'une chaîne. Les groupes composés uniquement de personnes autistes égalaient les groupes composés uniquement de personnes non autistes en précision. Les groupes mixtes perdaient significativement plus de détails. La rupture se produisait entre deux styles de communication, pas à cause de l'un ou l'autre groupe seul.

Quand des adultes autistes qui ne se connaissaient pas étaient mis en binôme pour une conversation, ils rapportaient la même proximité que les paires non autistes et partageaient davantage sur eux-mêmes.

Ce que tu peux faire

  • Sépare le contenu du style. Quand une interaction sociale dérape, demande-toi si le décalage portait sur ce qui a été dit ou sur la façon dont c'était transmis. Ce sont deux problèmes différents.
  • Remarque les jugements instantanés. Quand le ton ou le langage corporel de quelqu'un te semble bizarre, fais une pause. Qu'est-ce que cette personne a réellement dit ? La recherche sur les premières impressions montre que les deux peuvent raconter des histoires très différentes.
  • Reconnais l'effort. Si tu es autiste et que tu dépenses de l'énergie à imiter les normes sociales non autistes, c'est un travail, pas une défaillance personnelle. Le nommer change ce que tu attends de toi-même. La difficulté sociale entre neurotypes n'est pas l'échec d'une seule personne. C'est un fossé qui appartient aux deux côtés.
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Références

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  2. Crompton, C. J., Ropar, D., Evans-Williams, C. V. M., Flynn, E. G., & Fletcher-Watson, S. (2020). Autistic peer-to-peer information transfer is highly effective. Autism, 24(7), 1704-1712. https://doi.org/10.1177/1362361320919286
  3. Sasson, N. J., Faso, D. J., Nugent, J., Lovell, S., Kennedy, D. P., & Grossman, R. B. (2017). Neurotypical peers are less willing to interact with those with autism based on thin slice judgments. Scientific Reports, 7, 40700. https://doi.org/10.1038/srep40700
  4. Morrison, K. E., DeBrabander, K. M., Jones, D. R., Faso, D. J., Ackerman, R. A., & Sasson, N. J. (2020). Outcomes of real-world social interaction for autistic adults paired with autistic compared to typically developing partners. Autism, 24(5), 1067-1080. https://doi.org/10.1177/1362361319892701