Un collègue hausse le ton en réunion et soudain, tu n'es pas juste surpris. Tu te sens petit, figé, honteux. La réaction appartient à un autre temps. Mais ton corps ne le sait pas.
Ce qui se passe
C'est un flashback émotionnel, un terme inventé par le thérapeute Pete Walker et largement utilisé dans le travail sur le TSPT Complexe (C-PTSD).
Ce qui définit un flashback, quel qu'il soit, c'est le passé qui se vit comme du présent. Même les flashbacks du TSPT classique arrivent souvent sans images. Les flashbacks émotionnels vont encore plus loin : pas d'images, pas de scènes, des émotions pures. Des vagues de peur, de honte, d'impuissance ou de rage qui semblent surgir de nulle part, rejouant une empreinte émotionnelle laissée par des expériences précoces et répétées de négligence ou de maltraitance.
Une explication plausible tient à la façon dont ton cerveau stocke la menace. Sous un stress extrême, l'amygdale encode les fragments émotionnels avec une intensité accrue tandis que l'hippocampe, qui normalement horodate les souvenirs, se met partiellement hors ligne. Ton cerveau a deux façons d'enregistrer ce qui t'arrive. L'une capture les sensations et les émotions brutes. L'autre marque le souvenir d'un lieu et d'un moment pour que tu saches qu'il appartient au passé. Les études d'imagerie cérébrale chez les personnes souffrant de TSPT montrent une activité réduite de l'hippocampe lors du rappel traumatique, ce qui signifie que le système d'"horodatage" fonctionne en sous-régime. Le résultat : des émotions qui remontent sans histoire associée.
C'est pourquoi un ton sec, une odeur particulière ou même un dimanche tranquille peuvent te submerger d'une peur d'enfance sans aucune explication.
Retrouver le chemin du retour
Comme les flashbacks émotionnels n'ont pas d'"éclair" visuel, la première étape est de reconnaître que tu en traverses un. Quelques stratégies d'ancrage (grounding) issues de la thérapie centrée sur le trauma :
- Nomme-le. Dis "c'est un flashback" à voix haute ou en silence. Ce simple acte commence à réactiver la partie de ton cerveau qui s'était déconnectée.
- Ancre-toi dans le présent. Observe la pièce, ton âge, qui est autour de toi. Tu rappelles à ton système nerveux que le danger est passé.
- Adoucis la voix intérieure. Les flashbacks amplifient souvent un critique intérieur sévère. Réponds-lui simplement : "Je suis en sécurité maintenant. J'étais un enfant à l'époque."
- Laisse passer. La plupart des flashbacks atteignent un pic puis s'estompent en quelques minutes. Savoir que ça va finir rend l'attente plus facile. La prochaine fois qu'une voix dure te renverra en arrière, tu auras les mots pour te ramener au présent.