Certaines personnes lisent la pièce avant de se lire elles-mêmes. Elles ajustent leur ton, acquiescent vite, abandonnent ce qu'elles veulent dès que quelqu'un semble tendu. Ça a l'air généreux. En dessous, c'est de la peur.
Les thérapeutes spécialisés en trauma appellent ça la réponse de soumission (fawn response), une quatrième entrée dans le répertoire de menace du cerveau aux côtés du combat, de la fuite et du gel. Là où combattre repousse et fuir s'échappe, la soumission se dirige vers la menace, essayant de devenir si agréable que le danger passe. Ce n'est pas de la politesse. C'est de la survie, aussi automatique qu'un sursaut.
D'où ça vient
La recherche en neuroimagerie montre que l'amygdale peut déclencher une réponse défensive en quelques millisecondes, avant que le cortex préfrontal ait le temps d'évaluer si la menace est réelle. Le cerveau se rabat sur ce qui a fonctionné avant. Pour les enfants élevés dans la critique, la négligence ou la volatilité émotionnelle, ce qui fonctionnait, c'était la docilité. Un enfant qui proteste et subit des représailles apprend une leçon silencieuse : le plus sûr, c'est de ne plus avoir de besoins.
Avec le temps, cet enfant devient un lecteur d'humeurs, un réparateur, un gardien de la paix, parfois un enfant parentifié (parentification) dans un foyer où les adultes auraient dû s'occuper de lui.
À quoi ça ressemble aujourd'hui
Le schéma ne disparaît pas avec l'enfance. Il se manifeste ainsi :
- Dire oui quand tu penses non
- T'excuser quand tu n'as rien fait de mal
- Te sentir responsable des émotions des autres
- Avoir du mal à identifier tes propres opinions ou préférences
Le travail thérapeutique avec des survivants d'adversité infantile prolongée relie la soumission chronique au Trouble de Stress Post-Traumatique Complexe (C-PTSD) et à une perte profonde de soi. Tes limites deviennent difficiles à trouver parce qu'il n'a jamais été sûr de les avoir.
Retrouver ton chemin
- Nomme le réflexe. Quand tu te surprends à te transformer pour correspondre à l'humeur de quelqu'un, fais une pause. « Est-ce que je suis vraiment d'accord, ou est-ce que j'essaie d'empêcher quelque chose ? »
- Tolère l'inconfort. Dire non te semblera dangereux au début. Remarque où la tension se loge dans ton corps et prends une respiration lente avant de répondre. Cette sensation est ancienne. Ce n'est pas un rapport sur le présent.
- Reconstruis doucement. Pratique de petits actes d'affirmation de soi. La conséquence redoutée n'arrive généralement pas.
Tu as appris à t'effacer pour rester en sécurité. Tu n'es plus obligé de tenir cet accord.