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Pourquoi arrêter donne l'impression de perdre

Au milieu d'un film terrible, tu sais déjà comment ça finit. Mais au lieu de partir, tu fais le calcul : tu as payé ta place, tu as conduit jusqu'ici, tu as…


Au milieu d'un film terrible, tu sais déjà comment ça finit. Mais au lieu de partir, tu fais le calcul : tu as payé ta place, tu as conduit jusqu'ici, tu as déjà tenu pendant la première heure. Alors tu restes. Pas parce que ça s'améliore, mais parce que partir voudrait dire que tout ça n'a servi à rien.

C'est le biais des coûts irrécupérables (sunk cost fallacy) : continuer à cause de ce que tu as déjà investi, et non à cause de ce que tu vas en retirer.

Pourquoi ton cerveau tombe dans le piège

Dans une expérience de terrain classique, des chercheurs ont vendu des abonnements de saison au théâtre au prix fort ou avec des réductions attribuées au hasard. Les acheteurs au plein tarif ont assisté à nettement plus de spectacles. Mêmes sièges, mêmes pièces. L'investissement lui-même est devenu la raison d'y aller.

Ce n'est pas un manque d'intelligence. Ton cerveau traite les pertes environ deux fois plus intensément que les gains, un schéma appelé aversion à la perte (loss aversion). Arrêter t'oblige à enregistrer que ton investissement est parti pour de bon. Une étude en imagerie cérébrale menée à Oxford a montré que le cortex préfrontal ventromédian (ventromedial prefrontal cortex), ton évaluateur interne du « est-ce que ça vaut encore le coup ? », devient moins actif à mesure que tu as investi. Plus tu es engagé, plus ce signal s'affaiblit.

Ce n'est pas la logique froide qui te retient. Une série de quatre expériences contrôlées a montré que l'effet des coûts irrécupérables est alimenté par des émotions négatives (culpabilité, regret, sentiment de gâchis) plutôt que par un calcul rationnel. Quand les participants justifiaient consciemment leurs choix, l'attraction émotionnelle s'affaiblissait et leurs décisions s'amélioraient.

Comment s'en libérer

  1. Fais le test du nouveau départ. Si tu partais de zéro aujourd'hui, est-ce que tu referais ce choix ? Si non, ce que tu as dépensé hier n'est pas une raison pour dépenser davantage demain.
  2. Nomme l'émotion, pas l'investissement. Identifie ce que tu ressentirais si tu arrêtais : culpabilité, gâchis, gêne. Dès que tu vois l'émotion qui guide ta décision, elle perd une partie de son emprise.
  3. Fixe une date de réévaluation. Choisis une date précise pour faire le point. S'engager sur un rendez-vous de bilan transforme « arrêter » en « décider », et c'est plus facile à accepter pour ton cerveau.
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Références

  1. Arkes, H. R., & Blumer, C. (1985). The psychology of sunk cost. Organizational Behavior and Human Decision Processes, 35(1), 124–140. https://doi.org/10.1016/0749-5978(85)90049-4
  2. Holton, E., Grohn, J., Ward, H., Manohar, S. G., O'Reilly, J. X., & Kolling, N. (2024). Goal commitment is supported by vmPFC through selective attention. Nature Human Behaviour, 8(7), 1304–1317. https://doi.org/10.1038/s41562-024-01844-5
  3. Dijkstra, K. A., & Hong, Y. (2019). The feeling of throwing good money after bad: The role of affective reaction in the sunk-cost fallacy. PLoS ONE, 14(1), e0209900. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0209900
  4. Kahneman, D., & Tversky, A. (1979). Prospect theory: An analysis of decision under risk. Econometrica, 47(2), 263–292. https://doi.org/10.2307/1914185