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Quand plus rien ne fait plaisir

Quelque chose a changé, et tu ne sais pas trop quand. Les activités qui t'enthousiasmaient avant te laissent indifférent. Pas triste, exactement. Plutôt comme…


Quelque chose a changé, et tu ne sais pas trop quand. Les activités qui t'enthousiasmaient avant te laissent indifférent. Pas triste, exactement. Plutôt comme si le volume avait été baissé à fond. Le terme clinique, c'est l'anhédonie, l'une des caractéristiques les plus mal comprises de la dépression.

Ce n'est pas ce que tu crois

Voilà ce qui rend l'anhédonie si contre-intuitive : tu n'as probablement pas perdu la capacité de ressentir du plaisir. Dans une étude de Stanford, les personnes atteintes de dépression majeure appréciaient les expériences agréables tout autant que les autres.

La différence se situait dans ce qui précédait. Les participants en bonne santé qui aimaient quelque chose se sentaient poussés à le rechercher à nouveau. Chez les participants déprimés, ce lien était absent. C'est le plaisir anticipatoire (anticipatory pleasure), et non le plaisir ressenti, qui prédisait si quelqu'un allait fournir un effort.

La dopamine, souvent appelée la « molécule du plaisir », est en réalité une molécule de la motivation. Elle alimente l'activité dans le noyau accumbens du cerveau, stimulant l'anticipation et l'envie, pas le plaisir. Quand cette signalisation s'affaiblit, la capacité à se réjouir des choses s'érode, alors que la capacité à en profiter reste intacte.

Tu apprécies peut-être le dîner une fois sur place, mais l'idée d'y aller ne t'évoque rien. Ce n'est pas « J'ai essayé et je n'ai rien ressenti. » C'est « Je n'arrive pas à me lancer. »

Ce qui aide vraiment

L'approche la plus étudiée est l'activation comportementale (Behavioral Activation, BA), issue de la thérapie cognitivo-comportementale (CBT). L'idée centrale : arrête d'attendre d'être motivé et programme quand même des activités agréables.

  1. Commence ridiculement petit. Pas « aller à la salle de sport » mais « mettre ses chaussures. » Le seuil doit être presque à zéro.
  2. Programme, ne décide pas. Mets les activités dans un agenda. Les décisions demandent une motivation que tu n'as pas. Un planning contourne le problème.
  3. Observe ce qui marche. Après chaque activité, évalue combien tu l'as vraiment appréciée, pas combien tu t'attendais à l'apprécier. Cet écart est souvent la première fissure dans le mur de l'anhédonie. Le volume n'a pas disparu. C'est juste le bouton qui a besoin d'une autre main. Tu n'as pas besoin d'avoir envie de faire quelque chose pour que ça fonctionne.
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Références

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  2. Der-Avakian, A., & Markou, A. (2012). The neurobiology of anhedonia and other reward-related deficits. Trends in Neurosciences, 35(1), 68–77. https://doi.org/10.1016/j.tins.2011.11.005
  3. Gard, D. E., Kring, A. M., Germans Gard, M., Horan, W. P., & Green, M. F. (2007). Anhedonia in schizophrenia: Distinctions between anticipatory and consummatory pleasure. Schizophrenia Research, 93(1–3), 253–260. https://doi.org/10.1016/j.schres.2007.03.008
  4. Serretti, A. (2025). Anhedonia: Current and future treatments. Psychiatry and Clinical Neurosciences Reports, 4(1), e70088. https://doi.org/10.1002/pcn5.70088