Un tiers de ta vie se passe à dormir, et pendant environ deux heures chaque nuit, ton cerveau construit des mondes entiers à partir de rien. Des endroits que tu n'as jamais visités. Des gens dont tu te souviens à moitié. Des scénarios qui se dissolvent à la seconde où tu ouvres les yeux. Si tu t'es déjà réveillé secoué par un rêve qui n'avait aucun sens, ton cerveau ne dysfonctionnait pas. Il faisait exactement ce pour quoi il est conçu.
Ce qui se passe à l'intérieur
Pendant le sommeil paradoxal (REM sleep), le tronc cérébral envoie des bouffées d'activité vers le haut tandis que ton cortex préfrontal, la partie responsable de la logique et de la planification, se met largement en veille. Ton amygdale, en revanche, s'active. C'est pourquoi les rêves semblent émotionnellement intenses mais logiquement absurdes : ton cerveau génère des expériences vives sans que le rédacteur en chef soit de service.
Le système dopaminergique (dopamine system) de ton cerveau alimente en fait la production de rêves de manière autonome, indépendamment du sommeil paradoxal. Des observations cliniques montrent que les médicaments affectant la dopamine peuvent déclencher ou supprimer les rêves sans modifier du tout les cycles de sommeil paradoxal. L'état de rêve et le stade de sommeil ne sont pas la même chose.
Pourquoi c'est peut-être important
Aucune théorie n'a remporté la mise à elle seule, mais trois disposent de preuves solides :
- Traitement de la mémoire. L'hippocampe rejoue des fragments d'expériences récentes pendant le sommeil, les tissant dans des souvenirs plus anciens pour renforcer le stockage à long terme. Une étude sur l'apprentissage a montré que les participants qui avaient rêvé de la tâche obtenaient de meilleurs résultats le lendemain.
- Répétition des menaces. Une théorie de la psychologie évolutionniste propose que les rêves simulent des scénarios dangereux pour que ton cerveau puisse s'entraîner à réagir. Une recherche sur des enfants ayant vécu des traumatismes sévères a montré qu'ils rêvaient plus fréquemment, et que leurs rêves contenaient plus d'événements menaçants, que ceux d'enfants non traumatisés.
- Défense du cortex visuel. Une hypothèse en neurosciences soutient que les rêves maintiennent le cortex visuel actif pendant la nuit pour empêcher les autres sens de coloniser son territoire. Une analyse inter-espèces portant sur 25 espèces de primates a révélé qu'une neuroplasticité (neuroplasticity) plus élevée — la capacité du cerveau à se recâbler — était corrélée à davantage de sommeil paradoxal. Ces théories ne s'excluent pas mutuellement. Ton cerveau endormi pourrait consolider des souvenirs, répéter des menaces et défendre du territoire neuronal, tout cela au cours de la même nuit.
Quoi faire avec tout ça
- Tiens un carnet de rêves. Quand tu te réveilles, note tout ce dont tu te souviens avant de faire quoi que ce soit d'autre. Même les fragments comptent. Avec le temps, des motifs dans les thèmes et les émotions deviennent visibles.
- Suis le ressenti. Si un rêve récurrent continue de se manifester, nomme l'émotion dominante qu'il porte. L'histoire n'est que du décor. Le ressenti est le signal que ton cerveau est en train de traiter quelque chose.
- Protège ta fenêtre de sommeil paradoxal. Le sommeil paradoxal se concentre dans le dernier tiers de la nuit. Raccourcir ton sommeil ne serait-ce que d'une heure réduit de manière disproportionnée le temps de rêve, et avec lui, le traitement dont ton cerveau a besoin.